Cléo, dans le miroir du café, guette sur son
doux visage l’insidieuse explosion de la maladie. Il n’y a rien encore. Elle
est cette grande blonde à la beauté scandinave (Corinne Marchand) qu’on aimait
dans les années 60. On lui a fait un prélèvement, elle attend les résultats.
Entre un rendez-vous chez la cartomancienne et un autre avec son médecin, elle
attend. Cléo la cigale, « de 5 à 7 », essaie de tuer le temps, avec
sa copine Angèle la fourmi, avec sa copine qui pose nue pour les artistes, son
amant pressé et ses musiciens qui se moquent d’elle.
Agnès Varda, en 1962, raconte déjà des histoires de femmes, des histoires de peur au ventre. Sa caméra glisse dans les rues de Paris ; elle ne sait pas encore que l’errance, sera dans quinze ans le sujet même du cinéma pour toute une génération.
Les trottoirs, les bars de Montparnasse, les
arbres de la place d’Italie, les taxis à compteur extérieur, les avaleurs de
grenouilles, tous les signes où Cléo reflète ou conjure son angoisse,
appartiennent au monde le plus banal, celui du temps immobile. Il n’y a rien
encore qui annonce sa disparition. Mais Agnès Varda, en filmant le temps
présent, enregistre le travail de la mort. Voilà pourquoi Cléo de 5 à 7,
miraculeuse redécouverte, est encore plus important aujourd’hui qu’il ne
l’était alors.
On ne retenait que le jeu avec le destin, on
repérait la modernité du décor de Cléo, on redoutait avec elle son cancer, le
résultat de ses analyses. On espérait tout de sa rencontre avec le petit soldat
(Antoine Bourseiller), avec l’amour, parc Montsouris. Autour d’elle, la ville
vivait, simplement contemporaine. Aujourd’hui Cléo, qui va peut-être mourir,
est la plus vivante, et c’est la ville qui a été engloutie, avec ses figurants,
corps et gestes modelés par l’époque.
En 1962, le film n’était pas gai, on souffrait à le voir. On jubile aujourd’hui de l’intelligence ironique avec laquelle Agnès Varda conduit le flot de ses dialogues, de l’inconsciente cruauté qui la pousse à maltraiter ainsi la joie blonde. Et dans la matière même des objets, des vêtements, mille souvenirs de sensations passées reviennent sous nos doigts.
A signaler enfin le plaisir de voir chanter
Michel Legrand et la grâce de ce petit film muet inséré dans le parcours de
Cléo. On y voit Jean-Luc Godard enlever les lunettes qui lui faisaient voir la
vie en noir, et puis apparaissent Jean-Claude Brialy, Sami Frey, Anna Karina,
d’autres visages, rajeunis de vingt ans.
En première partie de Cléo de 5 à 7, Agnès Varda présente un court métrage réalisé quelques mois avant Sans toit ni loi. 7 p., cuis. , s. de b.... à saisir va bien avec Cléo, puisqu’il s’agit encore de manipuler un certain tourniquet du cinéma, où les images sortent du néant pour s’y engloutir et renaître à nouveau. Un appartement vide, qui étai naguère un hospice. Là, Agnès Varda imagine le vieillissement d’une famille, en invente les traces, burlesques ou pas, bousculées par les hôtes anciens qui rôdent. Grinçant, hanté par des masques, des effigies de la mort, par des visions d’enfance et de décrépitude, par des cocasseries médicales, le film est d’une beauté glaciale.
Shakira的身体可以分成一截一截的…... read more
on Shakira - La Tortura